Entretien avec Sélim Belbacha et Thomas Fondeur

Posted on 27 juin 2016 in Au coeur du PB18.

Pas d’édifice sans les premières pierres

 

La création d’une section sportive, un projet sur lequel se sont attelés ces deux professeurs d’éducation physique en 2001. 15 ans plus tard leur structure a grandi. Le Paris Basket 18 est toujours debout bien que Thomas Fondeur et Selim Belbacha en aient laissé les rênes. Aucune raison de s’inquiéter, aujourd’hui le jeune club de la capitale est entre de bonnes mains. Mais tout ceci n’aurait pas été possible sans ces deux ambitieux.

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Les U15 avec Thomas et Sélim lors de leur titre de championnes de France en 2004-2005.

 

Selim Belbacha est actuellement principal d’un collège à Puteaux, Thomas Fondeur est quant à lui directeur régional du sport universitaire en Aquitaine. A l’époque ce sont de simples collègues au collège Gérard Philipe. Le Paris Basket 18 né de la volonté de chacun de rendre qualitative, la section sportive de l’établissement. Celle-ci avait été mise en place quelques années auparavant par Selim Belbacha et Bruno Angle.

Cette section sportive mixte à l’origine, privilégie de plus en plus les filles au niveau du temps d’entrainements. Afin de jouer davantage de compétitions intéressantes, jugeant celles de l’UNSS trop peu nombreuse et d’un niveau peu élevé, ils décident de créer un club de basket féminin. Les entrainements deviennent donc plus réguliers, les matchs également, ce qui est une source de motivation supplémentaire.

Le Paris Basket 18 permet donc de compléter la section sportive. Désormais, en plus de l’accompagnement scolaire et du suivi éducatif les activités du club rentrent en jeu.

« La première difficulté que l’on a rencontré a été financière », Thomas Fondeur ne le cache pas. Ils ont fait face à de nombreux obstacles, et pourtant, le fait de recréer les liens avec la municipalité, faire sa place au milieu d’autres associations sportives, gérer les effectifs ainsi que l’aspect administratif reste pour eux un énorme défi à relever. Oui, mais pas assez énorme pour les faire abandonner.

L’aspect financier et administratif, mais pas seulement…Selim et Thomas doivent faire leur place. « le regard que l’on portait sur nous lorsqu’on débarquait dans le milieu du basket parisien c’était :  « c’est quoi ces deux charlots qui veulent créer quelque chose… ». Ils ne croyaient pas en nous » tel est l’accueil qui leur est réservé, explique Thomas.

 

Mais les deux compères ont su s’en sortir. Et notamment grâce à leur complémentarité. Chacun d’entre eux agit sur un champ d’action grâce à ses compétences. Et ce dans le plus grand respect de l’autre. Selim se charge de l’aspect administratif, Thomas est davantage sur le terrain, le basket étant son sport de prédilection. « On avait vraiment une bonne complémentarité, chacun restait à sa place. Je savais que je n’avais pas les compétences pour amener les filles à un niveau régional mais par contre je pouvais apporter quelque chose au niveau de l’organisation et de la logistique. » Selim l’accepte facilement car cette complémentarité permet de faire avancer le projet de façon efficace.

La gestion d’un club nécessite beaucoup plus qu’un travail sur le plan sportif. Mais il faut dire que l’aspect sportif au Paris Basket 18 n’a jamais été un souci. Les filles enchainent les trophées pour le plus grand plaisir de Thomas et Selim. Championnes de France Minimes, Championnes de France Cadettes, en moins de six ans. Mais un problème se pose en revanche, le développement de l’équipe senior. Un club comme le Paris Basket 18 a besoin d’une continuité à la formation afin de pouvoir conserver ses meilleures joueuses dans la durée. Et c’est une difficulté que le club tente encore de surmonter actuellement.

 

Extrait1Mais le PB 18 ce n’est pas seulement du sport et lorsque Thomas Fondeur nous parle de son attachement pour le club aujourd’hui, l’émotion est toujours présente. « Le Paris Basket 18 c’était plus qu’une passion. C’était pour commencer la construction d’un nouveau projet,  mais il y avait aussi la relation avec les filles de quartiers. C’est vrai que j’étais spécialiste basket mais quelque part, le sport était un prétexte. A travers ça, ce qui était intéressant c’était le vivre ensemble. Il y a certaines filles que j’ai eu plusieurs années. J’étais à la fois leur coach, leur professeur d’EPS, je les avais en aide aux devoirsParfois je les voyais plus que leurs propres parents », une seconde famille finalement. Le fait d’avoir scellé des liens très forts n’est donc pas étonnant. Les images que gardent Thomas et Selim sont ces moments passés avec les jeunes filles, pour la plupart d’une autre culture. C’est un énorme échange sur l’aspect humain, une expérience enrichissante.

Tout semble si beau, alors pourquoi quitter le club ? Certainement la peur de ne plus avoir la motivation. Le désir de voir autre chose, découvrir de nouveaux horizons. «  Je suis resté 14 ans au collège Gérard Philipe en tant que professeur d’EPS…j’avais besoin de changer. Comme j’ai tenté le concours de personnel de direction et que je l’ai obtenu, en terme de charges de travail cela aurait été impossible à gérer » Et bien oui, Selim n’a pas d’autres choix que de mettre le Paris Basket 18 de coté. Thomas Fondeur, lui, subit également quelques contraintes « Je crois que l’on ne peut pas rester motivé sur un projet toute une vie. Au PB 18, on y a laissé beaucoup d’énergie et je ne le dis pas avec regret, c’était super. Mais j’y suis resté six ans, j’y étais matin, midi et soir, alors que j’avais des contraintes familiales et je ne suis pas de Paris à l’origine.

C’était beaucoup plus facile de retourner vivre dans le sud-ouest avec ma femme et ma petite fille, là doù l’on venait, et avec de nouvelles perspectives. ». Partir avant de perdre toute motivation, voilà la raison principale de leur départ. Comme pour beaucoup de passions c’est une activité dévorante qui demande énormément de temps et de don de soi. Et parfois nous sommes contraint de modérer nos passions.

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Thomas et ses joueuses lors d’un séjour dans les Alpes.

Finalement que doit-on retenir de leur passage ? Une empreinte, une philosophie, une identité… Mais également des noms, Olivia Epoupa, Kadidja Minte, Aminata Konate, Diandra Tchatchouang et bien d’autresont émergé après leur passage au Paris Basket 18. Et malgré tout, Thomas en parle avec humilité « Je suis très fier mais attention, il y a un proverbe qui dit : « il vaut mieux une bonne joueuse et un mauvais coach que l’inverse…donc ce n’est pas Thomas Fondeur qui fait que toutes ces joueuses aient évolué en Ligue Féminine. Mais on peut dire qu’on les a mis dans de bonnes dispositions. »

On le ressent, la nostalgie subsiste quand on aborde le PB 18, car les deux professeurs d’EPS de formation ont laissé ce qu’ils aiment appeler « leur bébé ». S’investir dans le milieu associatif et apporter du plaisir à ces jeunes est une chose fantastique pour eux. Et notamment lorsqu’ils réalisent que 15 ans après, et ce malgré leur départ, le club continue d’exister. Être à l’origine d’un projet et être reconnu en ayant passé le flambeau est plus qu’une bénédiction. « C’est plus qu’un exutoire, car sinon il s’agirait juste de se défouler et de s’occuper. Mais là il faut aussi faire du qualitatif et leur donner confiance, car la vie n’est pas toujours facile pour elles. Derrière ce projet il y a l’idée de repousser certaines limites. Il y a un but social par le biais de la compétition » La vision de Selim n’a pas changé sur ce projet. Et l’esprit du club en est resté indemne.

 

Cadeau des joueuses pour le départ de Thomas et Sélim.

Cadeau des joueuses pour le départ de Thomas et Sélim.

Aujourd’hui, les deux passionnés nous montrent que le travail, l’investissement et l’ambition sont les outils indispensables et ce peu importe le domaine dans lequel on s’engage. Et en ce qui concerne le Paris Basket 18, avec ou sans eux, le club continuera d’exister, car on ne confie pas son bébé à n’importe qui.

Rudy.M

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