Entretien avec Laurent GOODRIGE

Posted on 31 juillet 2016 in Au coeur du PB18.

Après une décennie passée au club, il en est devenu l’un des piliers.  En charge de l’équipe U15 France et de l’encadrement des entraineurs du PB 18, Laurent Goodrige, c’est la rigueur, l’autorité, mais surtout l’expérience. Et c’est ce qu’il partage avec nous le temps d’une interview.

Laurent donne ses consignes lors du final four U15 France 2015

 

Peux-tu nous parler de ton parcours ?

Laurent Goodridge – Avant mon arrivée au Paris Basket 18, j’ai entraîné dans différents clubs notamment à l’association de la Goutte d’Or dans le 18e arrondissement. J’ai également coaché au Paris Basket Racing, actuel Paris Levallois. J’ai aussi été arbitre en championnat de France. En réalité, on peut dire que je suis arrivé au PB 18 un peu par hasard car il cherchait un arbitre de championnat de France à incorporer dans leur dossier, puis j’ai fini par prendre une équipe. J’ai gravi les échelons petit à petit.

Pourrais-tu nous faire un bilan de ta saison avec les U15 France ?

La saison avec l’équipe est décevante car on aurait pu largement mieux faire. Mentalement nous n’avons pas été à la hauteur des enjeux de ce niveau-là. Aussi bien sur l’aspect collectif que sur l’aspect individuel, c’est ce qui est le plus décevant. Il n’y a rien de plus rageant en tant que sportif de ne pas se sentir à son niveau, de ne pas avoir tout donné pour des considérations autre que sportives.

Donc tu penses que votre saison a été perturbée par des aspects autres que sportifs ?

Oui, car il nous a manqué une agressivité mentale à toutes épreuves. Ce qui s’est ressenti à un moment ou à un autre dans notre jeu. On a perdu des matches que l’on aurait dû gagner et ceci en est la cause. Il y a des filles à potentiel qui n’ont pas été à la hauteur de l’enjeu pour des considérations à mon sens personnelles et c’est ce qui est vraiment dommage.

Tu es au club depuis une dizaine d’années, peux-tu nous parler de son évolution depuis ton arrivée ?

Laurent lors du titre de champion de France UNSS en 2014

Laurent lors du titre de champion de France UNSS en 2014

J’ai vu le club se structurer avec la création d’emplois alors qu’on a démarré avec des bénévoles… La structuration du club a réellement changé avec l’arrivée de personnes spécialisées dans la comptabilité du club, des postes précis. Et notamment l’arrivée d’Agnès Sylvestre, chargée du développement qui a amené énormément de choses comme des partenariats, un développement plus important… Ce sont de nouvelles compétences qui ont amené de nouvelles orientations. Elles ont donc permis au club de prendre de l’essor. Ce qui manque au club aujourd’hui c’est tout d’abord une équipe senior qui soit une vitrine pour permette aux jeunes joueuses de se projeter au sein même de la structure. Sur le plan de l’encadrement, on manque toujours d’entraîneurs même si on a des personnes volontaires, il est compliqué d’attirer de la compétence.

Penses-tu que le fait de devoir former les entraineurs toi-même est une alternative au fait d’attirer des entraîneurs déjà confirmés ?

TexteD’une manière assez large je pense qu’il est important de partager son savoir et ne pas garder les choses pour soi. Là- dessus je n’ai pas de soucis, c’est une bonne chose de former cela permet également que des personnes qui ne sont pas forcément compétentes au départ le deviennent. Mais après cela implique que dans l’immédiat les choses ne se passent pas forcément de la meilleure des manières et il faut l’accepter. Mais ce n’est pas facile à marier avec les exigences du haut-niveau qui sont les nôtres.

Pourquoi avoir pris l’initiative de mettre en place des stages d’été aux Etats-Unis ?

J’ai eu l’opportunité de rencontrer Tariq Abdul-Wahad, qui est le premier français à avoir joué en NBA. Il avait envie de développer un concept, celui de proposer à des filles de venir découvrir le système américain, comme on a pu lui proposer à un moment de sa vie. Avec l’idée finale d’intégrer éventuellement ce système pour certaines filles. C’est une idée qui m’a plu car avec du recul on s’est aperçu que l’on prépare des filles pour le haut-niveau, mais celui-ci demande de sacrifier les études. Parfois le jeu n’en vaut peut-être pas la chandelle. A la lumière de mon expérience et avec beaucoup de réflexion, je me suis rendu compte qu’un des seul endroits qui permette de marier les exigences sportives et les exigences scolaires ce sont les États-Unis, contrairement à ce que l’on peut penser. En France, le problème n’est pas d’arriver au haut-niveau mais que vas-tu sacrifier pour arriver à ce niveau ? C’est ta scolarité. De mon point de vue, le jeu n’en vaut pas la peine.

Selon toi, il n’est pas nécessaire de faire ce sacrifice aux Etats-Unis ?

Non, il y en a d’autres…mais pas celui-là. A la fin quand on ressort de sa formation, on est un étudiant et un athlète.

L’un des plus grand sacrifice serait de se couper de sa famille, mais finalement il n’y a pas énormément de différence avec un départ dans un centre de formation français…

Se couper de sa famille, bien sûr mais contrairement aux centres de formation français la scolarité reste au centre du projet de formation, aux Etats-Unis. Ce n’est pas uniquement sportif. Si tes notes n’atteignent pas celles exigées par le programme, tu peux être suspendu, renvoyé etc. Plusieurs sanctions sont mises en place pour faire comprendre que la priorité n’est pas uniquement sportive.

As-tu déjà eu l’occasion de voir une de tes joueuses rejoindre ce programme ?

Cette année j’aurais la chance d’en avoir quatre d’un seul coup. Elles vont rejoindre différents programmes normalement cet été. Mais ce sont des processus qui sont long car il y a un temps pour la découverte, puis pour la réflexion et un troisième temps pour la procédure. Entre le moment où je vois et celui où je décide il se passe souvent deux, trois ans. Je ne m’attendais pas à ce que des personnes me disent je veux partir au bout de la première année. Ce sont des projets qui se construisent.

Pour revenir au PB 18, la saison a été vierge en terme de trophées pour ton équipe mais une de tes joueuses a signé en centre de formation, quel est ton ressenti par rapport à cela ?

Il y a toujours une certaine forme de satisfaction. Mais à cette satisfaction se joint une forme d’appréhension car on se demande ce qu’elle fera, si elle arrivera à s’épanouir complètement scolairement et sportivement parlant. Je suis énormément satisfait pour elle car je sais que ses parents placent le projet scolaire et le projet sportif au même niveau donc il n’y aura pas de sacrifice fait à ce niveau-là. Mais c’est vrai que d’une manière générale, il y a toujours une forme d’appréhension.

Quels sont tes projets avec le club pour la saison prochaine ?

Tout d’abord amener le groupe le plus loin possible, terminer au moins dans les deux premières places du groupe A. Et à terme ce serait de passer la main car je pense qu’on ne peut pas rester motivé et impliqué ad vitam eternam autour du même projet. Il y a du sang neuf qui arrive et c’est très positif.

Photo3

Penses-tu réellement que la motivation est éphémère en ce qui concerne les passions ?

Les passions demandent de l’énergie et je pense que selon les parcours de vie nous n’avons pas toujours autant d’énergie à mettre dans ses passions à tout moment de la vie. Au début c’était très bien, j’avais énormément d’énergie à donner, maintenant je n’en n’ai plus forcément autant. Je n’ai peut-être plus aussi l’envie de donner autant d’énergie. Ce sont des projets qui réclament 200% de soi-même donc il est important lorsque l’on s’aperçoit que la motivation diminue d’être en capacité de prendre du recul pour passer la main. Je pense que c’est énormément lié à l’évolution de sa vie. A côté de ça, il y a également le besoin de changement.

 

A quel type de personne te verrais-tu passer la main par exemple ?

Aujourd’hui je ne vois pas grand monde capable de passer autant de temps qu’on a pu en passer… Je ne vois personne pour le moment en toute honnêteté. Être ici, ce n’est pas simplement entraîner. La dimension d’éducation prend un vrai sens car il faut prendre en compte l’aspect social.

Comment s’est faite cette entente entre le PB 18 et Charonne pour l’équipe senior du club, est-ce la continuité nécessaire au club dont tu parlais précédemment ?

Je n’étais pas forcément à la manœuvre, mais Guillaume (coach seniors de Charonne) a été l’assistant d’Agnès en sélection départementale U13. Ceci les a amené à se côtoyer et nouer des liens et donc à partager un projet commun notamment celui de développer l’équipe senior. De notre côté, on a conscience depuis très longtemps que cette équipe senior est importante mais on ne trouvait pas de solution. C’est peut-être l’occasion de démarrer une nouvelle forme de partenariat.

Aujourd’hui si tu devais conseiller les joueuses que tu as pu avoir ou que tu auras, que dirais-tu ?

Deux choses, toutes les belles choses viennent après un dur labeur donc ne cessez jamais de travailler dur si vous voulez que des belles choses vous arrivent. La deuxième chose, ne sacrifiez pas vos études pour jouer à haut niveau car la carrière d’une joueuse de basket est d’une dizaine d’année mais la carrière professionnelle est de quarante ans voire plus.

Tu encadres les coachs au PB 18, pour toi quels aspects sont nécessaires pour être un bon coach ?

Le travail, l’humilité, accepter de croire que l’on ne sait jamais tout et qu’il y a toujours des choses à apprendre. Si on ne sait jamais tout et qu’il y a toujours des choses à apprendre ça veut dire qu’à un moment donné on se remet en question et repense ce que l’on sait ou ce que l’on croit savoir.

Pour conclure si tu devais passer un message aux personnes qui liront cette interview ?

Je dirais qu’il faut vivre sa passion à 200%, c’est ce qui lui donne son éclat mais ne pas sacrifier les choses qui sont importantes dans la vie pour autant?

One response on “Entretien avec Laurent GOODRIGE

  1. Oromo dit :

    Laurent!!! La rigueur à l’état pur. J’attendais cet article. Cet homme apporte tellement à ceux qu’il entraîne. Plus que le basket, il vous fait devenir un guerrier et un stratège. Je l’ai eu en 2002/03, puis 2004 au PBR: il a coaché Namori Meité, Nixon MBoyo, Gui Edi Landry, Antoine Bataille etc… 80% de la génération 88 qu’il a suivi et entraîné a évolué de la nationale au niveau international.
    Il faut bien évidemment louer les efforts d’organisation du club, mais il est sans conteste la raison pour laquelle des jeunes filles indisciplinées commençant le basket tardivement arrivent à jouer le meilleur niveau national.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *