Entretien avec Aminata Konaté

Posted on 2 mars 2016 in Au coeur du PB18.

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Aminata Konate lors d’un match de l’USO Mondeville

Agée seulement de 25 ans, et pourtant, Aminata Konaté fait preuve d’une grande maturité. Son entrée dans le monde du basket professionnel dès 16 ans et l’arrivée de son enfant, y ont sûrement joué un rôle. La meneuse de jeu a dû devenir responsable très rapidement ce qui a forgé la femme qu’elle est devenue aujourd’hui. Actuellement en pleine convalescence, c’est au PB 18 que son histoire avec le Basket commence… Entretien avec Aminata Konaté.

Quel est ton parcours?

Aminata Konaté – J’ai commencé le basket à 12 ans au PB18, j’y ai joué pendant deux ans. Ensuite, j’ai intégré le pôle Ile-de-France pendant une année. Après, je suis allée au centre de formation de Valenciennes, l’USVO. A 17 ans j’ai rejoint Strasbourg en Ligue 2 pour une année, puis j’ai intégré la ligue féminine à Mont-de-Marsan. Deux ans plus tard j’ai signé à Nice pour un an puis Mondeville. Après ça, je me suis mariée donc j’ai fait un break dans ma carrière. Je faisais un peu d’athlétisme à ce moment-là en attendant. Et j’ai eu un enfant. J’ai repris l’an dernier à Aulnoye-Aymeries.

Tu as commencé le basket au PB 18, que représente ce club pour toi?

Je dirais que sans le Paris Basket 18, je n’aurais jamais été pro. Je n’aurais jamais connu le basket. Mes grandes sœurs ont aussi commencé dans ce club. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai rejoint le PB 18. J’ai vraiment pris plaisir à jouer là-bas. Je faisais partie de la section sportive avec le collège Gérard Philipe.

Justement, qu’est-ce qu’une section sportive apporte en plus à un club?

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Portrait de Aminata Konate à Basket Landes

La différence entre un club qui possède une section sportive et un club qui n’en a pas, c’est qu’il y a des entrainements quasiment une fois par jour voire deux pour une section sportive. C’est un plus, tu t’entraines beaucoup plus, tu apprends plus rapidement. Moi, lorsque je suis arrivée, j’étais vraiment toute petite donc je n’avais pas du tout de notion. J’étais à la ramasse. La section m’a permis de me renforcer et d’acquérir les fondamentaux. C’est plus cool également au niveau de l’organisation parce qu’on a les cours en fonction des entrainements. En fait une section permet de renforcer l’aspect sportif tout en recevant un enseignement scolaire identique à celui des élèves non sportifs sur le plan qualitatif.

Lorsque tu étais en section sportive, tu avais déjà en tête l’idée de devenir professionnelle?

Non, pas du tout. A vrai dire, j’ai réellement eu un problème avec ça. Même en étant professionnelle, je refusais d’être pro. Réaliser que c’était mon métier, c’était vraiment difficile. Je me disais « je joue pour jouer parce que ça me fait plaisir, que j’aime ça, non pas parce que c’est un travail ». Ça a d’ailleurs été un gros problème en Ligue Féminine car on nous demande vraiment de s’investir, de travailler matin, midi, soir…se comporter comme une professionnelle quoi. Sauf que voilà, je n’avais pas vraiment envie d’être une pro donc je m’entrainais quand je le voulais. C’est compliqué lorsque tu n’es pas prête dans ta tête, forcément ton parcours n’est pas le même que lorsque tu es déterminée dès le départ en te disant « voilà je veux être pro, je veux faire ça »…tes objectifs ne sont pas les mêmes.

Tes grandes sœurs jouaient déjà au basket, peut-on dire que tu es issue d’une famille de sportifs?

Exact, mes sœurs étaient au PB 18, mais n’ont pas souhaité continuer. Elles ont préféré autre chose. Mon grand frère lui, a été boxeur professionnel. Il a remporté beaucoup de titres. Mon petit frère fait du football. On a vraiment une famille de sportifs, on ne s’arrête pas (rires).

Tu dois gérer ta carrière, ta vie de famille, tes études… comment arrives-tu à consacrer du temps au PB 18?

J’arrive à accorder du temps au club via Agnès. J’échange beaucoup avec elle. S’il y a une organisation, s’il faut contacter d’autres joueuses, les faire intervenir, s‘il y a quelque chose à faire et que je suis disponible par exemple – actuellement, je suis blessée – elle m’appelle et je viens.

Tu es la première fille issue du PB 18 à être devenue professionnelle, as-tu le sentiment d’avoir un rôle supplémentaire à porter vis-à-vis des jeunes joueuses du club?

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Aminata Konate en pleine action

Un rôle supplémentaire? Je ne crois pas. Maintenant, je pense que pour ces jeunes je resterais toujours un exemple. Celle « qu’idéalisent » les joueuses ayant l’ambition de devenir pro. Mais à part ça, je ne pense pas avoir un rôle supplémentaire, juste celui d’exemple.

Le fait que les coachs viennent et partent rapidement du PB18, de quel facteur penses-tu que cela résulte?

Au comportement. Le milieu social y joue parfois un rôle. Moi, je suis issue du PB 18, mes parents habitent en face du collège Gerard Philipe et j’ai vécu les conséquences, je sais ce qu’il en est. Le comportement de certains jeunes pousse parfois les coachs à abandonner. A l’époque, j’avais Thomas Fondeur. Il est resté longtemps, mais tout le monde ne peut pas faire pareil. Mis à part Agnès et lui, il n’y en a pas beaucoup qui reste. Psychologiquement, je pense que c’est trop difficile pour eux.

Pour faire du PB 18 un club d’élite, il faudrait donc revoir ce qui concerne l’encadrement…

Il faut déjà qu’il y ait plus de personnel. Là, on se rend compte qu’Agnès doit pratiquement tout faire. Ce qu’elle fait c’est excellent, mais toute seule c’est trop compliqué. Il faut davantage de personnel, de monde, c’est un tout. Il faut une structure, un internat. Trouver des gens qui font une heure de trajet pour se rendre au collège, ce n’est pas possible. Il faut trouver un lieu pour que les personnes venant de Marseille, de Toulouse, de Reims, etc. puissent venir et s’entrainer dans notre structure. Avoir des psychologues, des kinésithérapeutes, des personnes qui encadrent. Le suivi est super important, surtout à cet âge là. Je pense que les gens ne se rendent pas compte de tout ça, c’est à dire qu’ils s’entrainent et rentre chez eux mais ne se soucient pas du reste. En créant un internat ça va permettre aux jeunes d’être encadrés, il n’y aura plus de jeunes qui après l’entrainement iront au parc, rentreront chez eux et ne feront pas leur devoirs. Là, il y aura un suivi, après, je ne sais pas, je vois les choses en grand. Au final, ça va permettre une vraie efficacité, la jeune joueuse, elle sait que les lumières s’éteignent à 22H30. Le lendemain, elles ne sont pas fatiguées, elles mangent bien…au niveau de la nourriture aussi il faut avoir un suivi. L’alimentation est un facteur clef aujourd’hui. Les jeunes du PB 18, ne le réalisent pas, elles vont au Mac Do. Je parle de ça car j’ai été dedans et je sais exactement comment ça se passe. Ce que je veux dire, c’est que pour faire en sorte que les élèves soient bons il faut un suivi de A à Z. On ne peut pas se contenter de faire un entrainement et de leur dire après « débrouillez-vous ».

A ton échelle que penses-tu pouvoir apporter au club?

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Portrait d’Aminata Konate au Cavigal Nice Basket 06

Personnellement, ce que je peux apporter actuellement…c’est vraiment des conseils. Expliquer aux jeunes, intervenir pour parler de mon parcours et l’importance des cours, de l’école, de la vie en général. Parler des choses à faire et ne pas faire. Quand j’étais plus jeune, personne n’a pu me dire l’école c’est important etc. Ma mère me le disait, bien sûr. Mais je ne comprenais pas trop l’importance, je me disais « j’ai le basket, je suis payée, pourquoi continuer les études?». Et je pense que c’est important de dire aux jeunes que la vie ce n’est pas comme ça. Si vous voulez être pro, comment le faire, comment y arriver et voilà. Après pour le futur, si on pouvait créer une académie, vu que j’ai fait mes études en ce sens là en tant que manager sportif, mon objectif est vraiment d’aider Agnès. Tout ce qui est recrutement, stage, organisation d’événement, suivi des joueuses, leur parler les rencontrer etc. Faire un peu de tout ce que je suis capable de faire, de la comptabilité, le droit aussi c’est un peu mon domaine, tout ce qui concerne la gestion d’une structure avec Agnès bien sûr.

Penses-tu pouvoir réunir d’autres joueuses de haut niveau, pour rejoindre ce projet?

Je peux en parler, ce n’est pas du tout un problème. Mais après, je ne suis pas à leur place tout dépend d’elles. La différences entres elles et moi, c’est que mes sœurs ont évolué au PB 18, moi également, on a peut-être pas le même attachement pour ce club. Je suis née au PB 18, Thomas Fondeur m’a formée. Aujourd’hui, si je suis là c’est grâce à lui. J’ai fait énormément de choses avec lui, on allait en vacances, il nous amenait partout avec ma sœur. Si j’ai réussi entre guillemet c’est grâce à lui, donc je dois beaucoup au PB 18. Voilà une des raisons pour lesquelles je suis réellement investie. Je fais mes études en tant que manager sportif car mon but est de reprendre un club donc s‘il y a un nouveau projet, que je peux y participer, en faire mon métier, forcément ce sera bénéfique pour moi. Mais tout le monde n’a pas le même projet.

Le contact avec les parents est-il primordial selon toi?

Effectivement, ce que j’aime c’est réellement tout ce qui concerne le recrutement, le relationnel. Voir le jeune est une bonne chose, mais le plus important, je pense que ce sont les parents. Aujourd’hui, je suis mère et je sais exactement ce que j’aimerais que l’on fasse si on voulait recruter ma fille. Mon enfant les intéresse, c’est bien, mais il faudrait venir me parler, m’expliquer. C’est très important de faire un pas vers les familles pour qu’elles sachent ce qu’il faut faire, comment le faire pour que l’enfant puisse s’épanouir. On ne peut pas exiger des choses d’un jeune si ses parents ne s’y intéressent pas derrière. Par exemple, mes parents ne connaissaient pas, ça ne les intéressait pas, donc je me débrouillais pour être présente aux matches, aux entrainements. Je faisais un peu ma vie et je me rends compte que si j’avais été un peu plus cadrée, cela aurait peut-être changé la donne. Après, je m’en sors bien, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Je sais que dans ma génération, certaines ne pouvaient pas venir parce qu’elles avaient leurs petits frères et sœurs à garder et les parents ne comprenaient pas pourquoi elles allaient au sport alors qu’il y avait des responsabilités à la maison. C’est déjà arrivé qu’une joueuse dise « je ne peux pas venir au match, ma mère m’a dit de garder mon petit frère ». Et parfois on se retrouvait seulement à sept aux matchs parce qu’il y avait trois joueuses qui avaient d’autres problèmes à gérer. Il y même des parents qui empêchaient leur fille d’aller au match simplement parce qu’elle quittait la maison. Certains n’acceptent pas ça, c’est « tu es une fille, tu ne sors pas, c’est le soir, il est 18h donc tu ne sors pas ». Ce qui peut-être normal en réalité. Si je ne l’avais pas vu, je n’y aurais certainement pas cru mais je t’en parle car je l’ai vu. C’est pour cela qu’en commençant par les parents ça aidera les enfants. Le but est de trouver des solutions pour que tout le monde y trouve son compte.

Pour conclure quels conseils donnerais-tu à ces jeunes qui veulent faire du basket leur métier, débuter ce sport ou encore s’inscrire à la section sportive?

Qu’il est important d’être motivé, de respecter. Quand je parle de respect, ça englobe tout. Que ce soit les gens, le gymnase, etc. Mais surtout savoir où ils veulent aller et de quelle façon, pas seulement se dire « je veux être une basketteuse pro, je le serai » et donc avoir la grosse tête. Il faut avoir conscience que si elles veulent devenir basketteuses professionnelles, elles doivent faire des choses, être déterminées, motivées et respecter les autres. Il n’y a que comme cela que l’on peut y arriver pour moi. Si on possède ces trois choses, le reste va suivre. Je faisais un mètre cinquante-deux, j’étais toute petite je ne savais que courir. Ce qui m’a permis de réussir, c’est le fait que je sois motivée, déterminée et respectueuse. J’avais compris que si l’entrainement était à 16h30, je n’arrivais pas à 16H45, parce que je savais qu’il y aurait des sanctions. Je l’ai appris aussi après. J’ai mis du temps mais je l’ai compris à force de faire des escaliers, monter, descendre en raison de tous mes retards. J’ai compris que le respect était important, par rapport à moi-même, vis-à-vis du coach et de l’équipe. Et bien sûr, il faut un minimum de potentiel, tu as beau être motivée, déterminée et respectueuse si tu n’as pas le potentiel malheureusement ce sera difficile.

Rudy.M

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