Entretien avec Agnès SYLVESTRE

Posted on 17 avril 2016 in Au coeur du PB18.

Beaucoup la décrivent comme une femme à tout faire, au Paris Basket 18. Arrivée au club en 2004, de coach à présidente, elle a endossé tous les rôles. Aujourd’hui elle est chargée du développement, ce qui ne l’empêche pas d’être présente sur les parquets. Agnès Sylvestre entraîne également l’équipe u13 région… Nombreux sont ceux ayant fait des apparitions furtives puis abandonné l’idée de participer à l’essor du PB 18. Mais cette téméraire, âgée de 36 ans, a énormément à donner au club qu’elle a vu grandir et compte bien se battre pour qu’il soit reconnu comme il se doit. Entretien avec une mordue de challenges et de basket…

 

Agnès lors du tournoi inter-écoles

Agnès lors du tournoi inter-écoles

Peux-tu nous parler de ton parcours sportif ?

Agnès Sylvestre – J’ai toujours fait du sport et surtout de la compétition. Je ne conçois pas l’un sans l’autre quel que soit le niveau ! J’ai été championne de France de tennis de table et de roller skating. Puis j’ai choisi le basket où j’ai joué jusqu’en excellence région. J’aimais bien le côté individuel du roller où j’avais de la liberté et l’aspect collectif du basket. Mes qualités en sport ? Volontaire, à l’écoute des consignes et une compétitrice, toujours à fond !

Et ton parcours en tant que coach ?

J’ai commencé à coacher à Neuilly sur Seine, là où je jouais, puis j’ai rejoint le PB 18 en 2004 car j’ai été attirée par le projet sportif. Le PB 18 venait de se créer trois ans plus tôt, on en entendait parler partout. J’ai trouvé le projet compétitif vraiment attrayant. J’ai passé mes diplômes d’entraineur. Je possède un Brevet d’Etat premier degré en Basket et également une maîtrise en STAPS. Je suis dans le milieu du sport depuis mon plus jeune âge.

Agnès donne les consignes aux élèves de CM2

Agnès donne les consignes aux élèves de CM2

Tu es au PB 18 depuis 12 ans, peux-tu nous parler de ton arrivée au club   ?

Je pense que j’ai effectué à peu près toutes les tâches que l’on puisse faire au PB 18 (rires). J’ai commencé en tant qu’entraineur en U13 département, en U15 région puis en U15 France et enfin les seniors en région. Et parallèlement j’ai porté la casquette de présidente de 2007 à 2014 car les deux fondateurs du clubs sont partis et ne m’ont pas vraiment laissé le choix ! Soit on poursuivait l’aventure, soit le club s’arrêtait.

 

Peux-tu nous expliquer la différence entre le poste de présidente que tu occupais et ton rôle actuel de chargée du développement ?

Le PB18 est géré par très peu de personnes donc le poste de présidente est extensible un peu plus chaque jour ! En plus, Cyriane (présidente actuelle), Laurent (entraîneur au club depuis 2005) et moi-même sommes une jeune équipe donc on avait envie de monter plein de projets pour ne pas tomber dans la routine. On aime les challenges ! Petit à petit, la profession que j’exerçais en parallèle en tant qu’éducatrice sportive dans différentes structures était étouffée par mon temps passé au PB 18. On a réussi à créer un poste afin que je sois libérée de certaines tâches mais personne n’a pu supporter les conditions de travail (salaire, investissement demandé, implication au quotidien, rigueur…). Donc j’ai fait le choix de me consacrer à plein temps au club pour tenter de le développer encore plus.

 

On te décrit comme la femme à tout faire du PB 18, comment gères-tu cela ?

(rires) Je pense que c’est une habitude que j’ai prise. J’ai toujours aimé créer de nouvelles choses. En même temps j’apprécie le fait d’aller au bout de ce qui est entrepris, essayer de faire du mieux possible. Bien entendu on peut toujours faire des erreurs, mais on peut également toujours s’améliorer. C’est un petit peu l’esprit de compétition, lorsqu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas j’aime relancer la chose. Après, cela se fait avec nos moyens, nos qualités. Le plus dur est de s’organiser et savoir passer d’une action à l’autre: un jour je suis dans une école pour tenter de repérer les futures joueuses, un autre jour je rencontre un partenaire potentiel, le lendemain je suis chez une joueuse pour rencontrer la famille…c’est la richesse de mon travail, beaucoup de rencontres et un apprentissage au quotidien. J’ai la chance d’avoir un métier que j’aime et pour moi ça n’a pas de prix.

 

Tu coaches encore aujourd’hui, est-ce davantage par obligation car il n’y a personne d’autre pour le faire ou parce que tu as du mal à quitter le parquet ?

Depuis deux ans, je n’ai pas d’équipe fixe en tant qu’entraineur, je suis coach remplaçante ! Mais cela fait deux ans que des entraineurs nous laissent en début d’année. Ils ne sont pas nécessairement conditionnés et formés pour travailler avec nos jeunes. Le travail quotidien que l’on mène avec les jeunes filles va bien au delà de la pratique basket intensive. On tente de les accompagner dans leur développement en tant que personne. On essaie de leur inculquer des principes qui leur seront utiles toute leur vie. Le basket n’est finalement qu’un outil pour les maintenir motivées dans le projet global. Les nouveaux entraîneurs, ne s’imaginent pas de l’investissement que cela demande, mais également de la rigueur nécessaire pour atteindre les objectifs sportifs et éducatifs donc ils abandonnent au bout de quelques semaines. Les beaux discours de débuts de saison ne durent pas face aux difficultés rencontrées sur les terrains. C’est comme ça que je me retrouve avec une équipe cette saison encore., C’est sûr qu’être sur le terrain ça me plait, maintenant pour le développement du club, ce n’est pas forcément ce qui est préférable car cela me prend beaucoup de temps. Au mois de juin, on espère toujours trouver la perle rare pour l’année suivante…Avis aux amateurs !

Qu’est ce qui permettrait de changer cet aspect ?

Il faut qu’on parvienne à faire grossir la structure. Malgré nos 4 salariés, nos plannings sont très chargés. En ayant plus de moyens humains et donc financiers, on pourrait envisager de suivre mieux les nouveaux coachs dans leur quotidien, surtout en début de saison, pour les aider à surmonter les différentes étapes.  Il faut gérer le sportif mais aussi le social. En tant que coach, l’idée est vraiment de ne rien lâcher, ce qui demande beaucoup d’énergie et c’est à nous qui sommes déjà au club, de les assister pour qu’ils ne baissent pas les bras. C’est difficile car il y a de nombreux entraineurs de qualité qui veulent seulement entraîner sans se soucier de ce rôle social. Il faut qu’on arrive à impliquer de plus en plus de jeunes issus du club car ils ont cette « culture PB18″ que l’on souhaite transmettre. Je pense à des jeunes comme Moussa, Aminata Sidibe qui travaillent à nos côtés et qui j’espère prendront de nouvelles responsabilités au fur et à mesure des années.

Entre ton arrivée au club et maintenant qu’est ce qui a le plus changé selon-toi ? L’évolution est-elle positive ?

On a très vite progressé en mettant en place de nouveaux projets. La création d’actions autour du basket, comme le sport adapté a vu le jour. L’accompagnement à la scolarité a été consolidé. Des séjours, des sorties ont été mis en place. On a vraiment utilisé le basket pour permettre à ces jeunes de mieux s’insérer dans la société. On a diversifié les financements et professionnalisé la structure. Bien sûr tout cela est positif, mais pas suffisant. Il faut qu’on arrive à impliquer des investisseurs privés dans le projet pour pérenniser les actions et ne plus dépendre uniquement de subventions publiques qui ne vont pas augmenter.

Qu’est-ce qui est pour toi le projet en vue le plus concret et accessible ?

Je pense qu’on a toujours su rester les pieds sur terre malgré les résultats sportifs et l’évolution très rapide des premières années. Donc le projet le plus concret serait tout simplement de multiplier nos actions actuelles afin que plus de jeunes puissent en bénéficier. Pour y arriver, on a toujours les mêmes freins…On sait où trouver les jeunes, comment les motiver, on a fait nos preuves, mais il faut maintenant qu’on trouve les moyens humains et financiers pour se développer.

Agnès présente les arbitres du tournoi issues de la section sportive

Agnès présente les arbitres du tournoi issues de la section sportive

On voit que tu fais beaucoup confiance aux jeunes, tu essaies de les responsabiliser, pourquoi miser autant sur eux ?

C’est l’état d’esprit du club tout simplement. Aider l’insertion des jeunes filles issues des quartiers sensibles. Il faut savoir mettre de côté les difficultés pour mettre en valeur leurs qualités. Souvent cela se fait par le biais du basket et les jeunes filles qui ne réussissent pas dans la pratique du basket en tant que joueuse on leur propose d’autres alternatives comme l’arbitrage par exemple. C’est une façon de valoriser car elles sont garantes du bon déroulement de la rencontre. Elles sont également responsabilisées par ce biais-là. Elles sont indemnisées donc ça leur permet de gagner un peu d’argent de poche. D’autres encadrent les plus jeunes au sein du club. Lorsqu’on leur accorde de la confiance, elles sont capables de s’investir à 400% sur de nombreux projets. De nombreuses jeunes ne sont pas motivées par l’école. On a un rôle à jouer pour les remobiliser souvent par le dialogue et la mise en confiance. De nombreuses valeurs du sport sont transférables à l’école.

Aider un maximum de jeunes…donc quelle est selon toi la chose la plus importante à transmettre aux

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jeunes filles ?

Il y a des valeurs importantes à transmettre comme le respect d’autrui au quotidien. Il y a aussi l’investissement, se donner à fond car pour réussir que ce soit dans le basket ou le travail, il y aura toujours de la concurrence. Il faut se donner les moyens d’atteindre ce que l’on vise. L’idée est aussi de leur faire découvrir de nouvelles choses, leur proposer d’autres orientations que , « Vente, hôtellerie »,  Pas nécessairement dans le secteur sportif car ce n’est pas facile de trouver du boulot dans ce milieu. C’est aussi notre rôle.

Le club joue un énorme rôle social, ne penses-tu pas que cet aspect là l’empêche d’une certaine manière d’atteindre l’élite ?

C’est une des raison d’être du club. Si on retire l’aspect social du club, à quoi sert-il ? A récupérer seulement des basketteuses abouties? Aucun de nos dirigeant n’est intéressé par ce choix-là. Il faut savoir que les trois dirigeants du club, de la présidente, à la trésorière, en passant par la secrétaire ont été joueuses du club et deux d’entre-elles sont issues du 18ème. La secrétaire a fait toute sa scolarité de la 6e à la terminale avec le PB 18 donc ce sont des personnes qui voient l’intérêt du caractère social. C’est aussi l’une des raisons pour laquelle elles s’engagent.

Mais on souhaite pousser constamment les jeunes vers le haut afin de leur donner un cadre qui sera transférable dans d’autres secteurs.

Le PB18 en Ligue féminine avec une majorité de joueuses issues du club, bien sûr que ça fait rêver !

Justement, il y a beaucoup de joueuses issues du PB 18 ayant plus ou moins réussi, comment expliques-tu le sentiment que personne ne veuille miser sur le club financièrement parlant malgré les très bons résultats sportifs ?

Le PB18 est dans un entre-deux. Nous ne sommes pas considérés comme un club de haut-niveau comme le Paris Levallois, que ça soit par les partenaires privés ou publics. Et nous ne sommes pas non plus reconnus suffisamment pour le travail social que nous faisons. Donc on nous félicite régulièrement, mais ce travail n’est pas réellement valorisé comme il se devrait d’un point de vue financier. Après, je n’ai pas d’explications particulières car il est vrai que lorsque je regarde les résultats qu’on obtient, on reste le plus gros club formateur d’Ile de France des 15 dernières années. Lorsque je parle de club formateur, c’est à dire des filles ayant eu leur première licence chez nous. Il y a beaucoup de clubs qui récupèrent des joueuses déjà formées. Notre spécificité c’est vraiment la détection, la plupart des jeunes qui nous ont rejoint et ont atteint le haut niveau n’avaient jamais fait de basket auparavant. C’est notre fierté. La satisfaction de voir des jeunes filles ayant débuté chez nous. D’ailleurs la plupart nous le rendent bien, elles sont contentes de revenir et de porter l’étiquette PB 18 car elles savent ce qu’elles ont vécu et d’où elles viennent. Mais cela reste leur réussite, elles la doivent à elles-mêmes.

Si tu devais décrire brièvement ce club, que dirais-tu ?

Un club familial où tout le monde grandit ensemble que ce soit la joueuse, l’entraîneur ou le dirigeant. Pour réussir dans ce club, il faut des gens engagés à tous les niveaux..

Pour conclure quel message ferais-tu passer à cette famille ?

Continuer à travailler pour atteindre nos objectifs qui sont chaque année de plus en plus nombreux autant sur le plan sportif que personnel. J’espère que des jeunes s’engageront afin de poursuivre dans cette dynamique de club pour permettre à d’autres de bénéficier de cette structure. Le PB18 appartient aux jeunes et deviendra ce que les jeunes souhaiteront qu’il devienne.

Rudy.M

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