Cyriane Keller-Makoundou : Itinéraire d’une intérieure devenue présidente

Posted on 10 février 2016 in Au coeur du PB18.

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Cyriane (numéro 11), lors de la photo d’équipe avant le coup d’envoi du match face à l’équipe de Championnnet

Un après-midi pluvieux, mais cela ne se ressent pas au gymnase de la Goutte d’Or. On attend le coup d’envoi de la rencontre face à l’équipe de Championnet, qui débutera d’ici une heure. Une atmosphère d’avant match pour un vestiaire quasi-vide, seule une joueuse s’y trouve. Une joueuse…mais pas seulement, elle est également Présidente du club qu’elle désigne comme une seconde famille, le Paris Basket 18. Elle ne l’aurait jamais cru si on lui avait prédit quelques années auparavant, mais Cyriane Keller-Makoundou assume complètement ce rôle aujourd’hui.

Originaire du 17ème arrondissement, mais habitante du 18ème depuis une quinzaine d’années, Cyriane découvre le basket par le biais de l’association sportive de son collège et rejoint le club de Saint Charles (Paris 17) puis Neuilly Sur Seine en cadettes. Elle y reste jusqu’en senior, puis Agnès Sylvestre l’invite à rejoindre le Paris Basket 18 en 2006. La proximité, le fait de retrouver Agnès, son ancienne coach en jeune, facilite ce choix d’intégrer le club.

LE TRAVAIL AVANT TOUT

Agée de 32 ans, cette ergothérapeute de métier n’a jamais vraiment eu de rêve de carrière professionnelle au niveau basket. Elle a donc travaillé pour avoir d’autres alternatives. Un message qu’elle tente de transmettre aux jeunes filles du club, car le basket n’est pas un avenir certain. Il se résume comme bien d’autres sports à « beaucoup d’appelés pour très peu d’élus ».

Aux yeux de Cyriane, ces jeunes filles doivent se mettre en tête qu’être issues du 18ème, ou d’un milieu socio-culturel moins avantagé n’est pas une fatalité. La réussite est accessible par le travail et la discipline que ce soit dans le sport ou dans la scolarité. Les différents enseignements et valeurs acquis grâce au basket sont des apports que les joueuses doivent transposer dans leur vie de tous les jours afin de prendre conscience que cet aspect socio-culturel peut devenir leur force.

Son souhait est de susciter chez ces filles le désir de toujours donner le meilleur d’elles-mêmes. Son rôle de doyenne lui permet de le montrer davantage. C’est en 2013 que Cyriane devient présidente du PB 18.

UNE PRESIDENTE DEVOUEE

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Photo portrait de Cyriane

Elle met son savoir-faire au service du club en acceptant d’endosser ce statut. Cela lui demande plus d’implication et de prendre davantage de responsabilités. L’équipe dirigeante est peu nombreuse et même s’il y a quelques salariés, les besoins humains sont toujours plus importants. Il faut donc s’occuper de ses activités externes tout en gérant le club et l’accompagnement social des jeunes.

« Je me suis davantage impliquée au sein du club, j’ai appris à connaitre les filles… les filles autres que celles de mon équipe senior. En fait, je me suis intéressée à toutes les activités du club, même si je les suivais déjà de loin et que je m’occupais du soutien scolaire. On a ensuite monté la section de sport adapté »

Cyriane a donc pu lier sa passion et sa profession à travers la section sport adapté pour un public handicapé mental. Le Paris Basket 18 propose des journées d’initiation sportive à tous les centres d’Ile-de-France qui accueillent des personnes souffrant de handicap mental afin de permettre à des jeunes valides et non valides de partager et d’échanger ensemble lors d’activités sportives variées.

« Je me demandais ce que je pouvais apporter en tant qu’ergothérapeute. J’ai toujours travaillé avec un public handicapé moteur, le basket fauteuil est plus difficile à mettre en place à cause des infrastructures, il faut beaucoup de matériel, des fauteuils roulants de sport. Alors je me suis dit pourquoi pas avec des personnes en situation de handicap mental et il y a eu une forte demande des centres qui accueillent ces jeunes donc cela a pu se faire assez facilement avec l’aide de la fédération de sport adapté et des contacts que l’on avait »

Le don de soi, c’est une chose dont Cyriane fait preuve au quotidien. Assister et partager des moments forts avec les plus jeunes, voilà ce qui l’anime…et sa vision du PB 18 le démontre.

DES RÊVES PLEIN LA TÊTE

Depuis son arrivée à la tête du club, la présidente retient particulièrement comme souvenir marquant l’organisation du Final Four U15 France. Elle aimerait pouvoir couvrir davantage d’événements de ce genre à travers le club. Mais le défi est complexe au vu du manque de moyens mis à disposition. De nombreux projets qu’elle aimerait voir aboutir font face à des difficultés financières.

Son désarroi en dit long lorsque l’on évoque l’idée d’un centre de formation. Le club est contraint de laisser partir un grand nombre de ses talents très rapidement ne pouvant pas proposer un service semblable à ceux des centres de formation.

« Malgré les très bons résultats que l’on obtient, ce ne sont pas les titres en jeune qui nous feront avoir du personnel ou des infrastructures. Pour commencer, nous n’avons pas notre propre gymnase, nous fonctionnons avec le collège Gérard Philipe, mais il n’existe pas d’internat. »

Le projet idéal aurait donc été la création d’un centre afin de conserver ces filles et proposer une structure adéquate aux familles car il n’est pas toujours facile pour celles-ci de voir leurs enfants s’éloigner en province et résider loin de leur foyer.

Plusieurs appels à projet ont été effectués pour récolter des fonds supplémentaires mais pour Cyriane l’idée d’un gros investisseur reste utopiste.

« Quelqu’un qui nous donnerait miraculeusement de l’argent pour que des petites du 18e jouent au basket…honnêtement je n’ai jamais vraiment étudié cette possibilité…mais c’est peut-être un appel à faire (rires) »

Malgré toutes ces contraintes le Paris Basket 18 reste toujours concentré sur ses jeunes, dans l’attente de les voir intégrer un jour les structures de haut-niveau telles que le pôle espoir ou le Centre Fédéral voire les Universités américaines, à l’instar de Olivia Epoupa ou encore Cindy Démosthène.

Même si ces objectifs ne seront pas atteignables pour toutes, la plus grande fierté de Cyriane reste de les voir aller le plus loin possible dans le basket et dans leur vie professionnelle.

« Moi, ce n’est pas par le biais du basket que j’ai pu « réussir », alors pour 2016, je souhaite aux filles de persévérer d’un point de vue basket mais aussi d’un point de vue scolaire. Que notre sport serve de lien pour les amener le plus haut possible dans leur vie personnelle…ce sera ma fierté (elle sourit)»

 

Rudy.M

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